Vol.2
NUMÉRO SPÉCIAL N°002, VOLUME 2 – DÉCEMBRE 2024
GRALIFAH N°002, VOLUME 2-DECEMBRE 2024 [SOMMAIRE ]
GRALIFAH N°002, VOLUME 2-DECEMBRE 2024
GRALIFAH N°002, VOLUME 2-DECEMBRE 2024 [MONOGRAPHIE]
« Les savoirs ancestraux : transmission et sauvegarde »,
École Normale Supérieure, Libreville – Gabon/ du 28 au 29 mars 2024.
https://doi.org/10.21246/gralifahn2vol2dec2024
EDITORIAL DU NUMERO
Le présent volume découle du deuxième colloque international et pluridisciplinaire organisé par le Groupe de recherche en art, littératures d’expression française, anglaise et hispanique (GRALIFAH). Ledit colloque s’est déroulé les 28 et 29 mars 2024 à l’Ecole Normale Supérieure de Libreville au Gabon et portait sur « Les savoirs ancestraux : transmission et sauvegarde ». Cet évènement scientifique d’envergure a réuni plus de soixante-dix enseignants-chercheurs et chercheurs du « Tout-monde » (E. Glissant) afin de réfléchir sur les modalités de transmission et de préservation des valeurs ancestrales menacées par une modernité écrasante qui tend à les condamner à « la chronique d’une mort annoncée » (G.G. Márquez). Ce deuxième volume des actes dudit colloque contient dix-sept (17) contributions réunies en deux sections.
Intitulée « Littératures, langues et arts », la première section est composée de douze (12) articles. Dans le premier texte de cette section intitulée « Transfert culturel et transmission des savoirs écologiques dans Le chercheur d’or de J.M.G Le Clézio », Davy MOUSSAVOU PAMBOU se fixe pour ambition de reconsidérer l’humain comme partie intégrante du non-humain par le décentrement de la pensée occidentale. Il prévoie, de ce fait, une médiation entre la littérature et la nature, en concevant cette dernière à travers des aspects génériques.
L’article de Paule Dorolle-Yélèna NTSAME, « Les savoirs ancestraux des fictions africaines écologiques, une ontologie de la restauration environnementale », souligne une résurgence du débat écologique qui se lit notamment dans le désir de restaurer les savoirs abandonnés et de communier avec la nature. En clair, elle considère les valeurs ancestrales comme point d’équilibre entre l’Homme et son environnement.
« Transmission des savoirs ancestraux pour la construction du Grand Œuvre » de Marina Myriam ONDO est un appel à une culture de l’excellence et à la polyvalence des compétences qui tendent à se perdre bien qu’il subsiste des foyers de résistance qui ont su jusqu’à nos jours conserver, par souci de transmission, des savoirs ancestraux hérités des Anciens. À partir de quelques œuvres littéraires, elle démontre comment les associations d’ouvriers ont constitué une courroie de transmission des savoirs et savoir-faire ancestraux.
À travers le texte « Enfant, lignage et sauvegarde de la tradition ancestrale dans le roman africain subsaharien », Judicaël GNANGUI pointe la reconnaissance des doctrines, partant du postulat selon lequel, la culture africaine met en exergue un ensemble d’outils linguistiques et techniques permettant de transmettre les grandes valeurs de la communauté aux générations futures.
Par « La figurativité du masque Okuyi dans Au bout du silence de Laurent Owondo », Nesta ANGHILE MADOLA et Noël Bertrand BOUNDZANGA font remarquer qu’en Afrique, le port du masque traditionnel a une portée spirituelle profonde. C’est à ce titre que leur étude, d’intérêt socio-culturel avéré, se charge de montrer comment des initiés accèdent à la connaissance d’un autre monde avec l’aide des ancêtres.
Ayant conjointement planché sur « La transmission des savoirs médicinaux traditionnels dans la littérature gabonaise », Barbara MEKUI ME ONDO
et Heméry-Hervais SIMA EYI s’intéressent à la littérature gabonaise, particulièrement aux textes, Le pacte d’Afia de Maurice Okoumba Nkoghe et Le choix de nos ancêtres de Thierry Afane Otsaga, Le temps des passations de Hasse Nziengui qui valorisent des guérisseurs et d’autres personnages détenteurs de pouvoirs et de savoirs endogènes. Leur ambition est de démontrer comment les tradi-praticiens et autres traditionalistes usent de leur savoir afin de suppléer la médecine occidentale.
« L’oralité comme source de renouvellement esthétique de savoirs ancestraux dans Les Méduses et Les Phalènes de Tchicaya U Tam’si » de Victor ESSONO ELLA revient sur la présence de l’oralité dans la scripturalité liée aux formes d’écriture marquant une rupture, plus ou moins brutale, avec certains canons esthétiques rigides. Cette étude s’appuie sur la pensée de Georges Ngal qui considère cette « rupture » comme moteur de la création littéraire africaine et consiste à comprendre comment l’oralité peut constituer une source de renouvellement esthétique.
Par le titre « Art cinématographique gabonais et préservation des savoirs endogènes : Le cas de Obali de Pierre Marie Dong », Hilaire NDZANG NYANGONE questionne le lien étroit existant entre l’art cinématographique et la société qui le produit et dont il tente de reproduire certaines caractéristiques essentielles. Partant du cas spécifique du film Obali de Pierre Marie Dong qui est un véritable plaidoyer pour la transmission et la préservation des valeurs ancestrales gabonaises, l’auteur considère le film africain comme un puissant vecteur de diffusion et de préservation des traditions.
Dans « La généalogie comme ancrage de l’ancestralité chez les Afrocolombiens et les Fang », Cyriaque Simon-Pierre AKOMO-ZOGHE affirme que grâce à la déclamation de la généalogie, les alliances se consolident entre les Vivants et les Morts en Colombie ainsi qu’en Afrique Centrale. Par ses recherches, il démontre que la généalogie constitue, par la remémoration des Ancêtres, une forme de préservation du lignage et de l’identité.
« Les médias du milieu traditionnel gùn » d’Ismaël Adédiran ADJIBODOU est une étude sur les médias du milieu traditionnel ɡùn (Porto-Novo, Bénin). Son objectif est de conserver, à partir d’un effort de description, ces médias en voie de disparition. Il s’agit en clair, de les sauvegarder en vue de les transmettre à la postérité, de décrire leur mode de fonctionnement à des fins de diffusion massive de l’information.
La contribution « Transmission et sauvegarde des pouvoirs ancestraux dans la désignation du Chef du village en pays Akyé Gnan de Côte d’Ivoire » d’Adiko Jean-Michel ANOUMAN fait de la transmission et la sauvegarde des pouvoirs ancestraux, un enjeu majeur pour les peuples autochtones. Partant de l’exemple du pays Akye Gnan, groupe ethnique issu du groupe Akan, l’auteur démontre que la désignation du chef du village est un processus complexe qui vise à garantir la continuité des traditions et l’autorité du chef. Grâce à différentes pratiques, les pouvoirs ancestraux sont transmis et sauvegardés de génération en génération, ce qui contribue à la préservation de la culture et de l’identité du peuple Akye Gnan.
La dernière contribution de cette première section « Les chants du kafouho entre initiation et transmission générationnelle chez les Sénoufos de Côte d’Ivoire » de Bassirima KONE, affirme que le Kafouho marque chez les Sénoufos de Côte d’Ivoire, la fin de l’initiation au Poro et la sortie des Tcholobélé des bois sacrés. Les chants exécutés par les initiés retracent les péripéties vécues durant les sept années de formation. L’étude s’appuie sur une méthode d’observation directe permettant de comprendre un pan de la société sénoufo consacré à la transmission des chants du Kafouho de générations en générations.
Intitulée « Anthropologie, histoire et archéologie », la deuxième section de ce volume contient cinq (5) contributions. Intitulé « Le dipri chez les Abidji de Côte d’Ivoire : entre démonstration de pouvoirs mystiques et valorisation de l’art culinaire » de Jean-Jacques ESSOH et Mamadou YEO, le premier article de cette deuxième section se penche particulièrement sur le peuple Abidji, localisé au nord-est de la Côte d’Ivoire, dont le souci est de conserver leur tradition et de transmettre les savoirs ancestraux aux générations montantes. Les auteurs démontrent que le rite du Dipri a un caractère ancestral, sacré et est un creuset de transmission de valeurs culturelles aux jeunes abidji.
Le texte « Agriculture et production des savoirs chez les Punu du Gabon : Transmission et sauvegarde » de Sosthène IBOUANGA part du constat selon lequel, avec une pluviométrie abondante et des terres arables, le Gabon dispose d’atouts naturels indéniables pour l’activité agricole. Au-delà de cet aspect productif et utilitariste, l’auteur considère l’agriculture comme un média de construction, de production et de transmission des savoirs traditionnels pour les populations locales. Il fonde sa réflexion sur la pratique de l’agriculture chez les peuples Punu du Gabon en interrogeant la façon dont les femmes de ce groupe ethnique construisent les savoirs traditionnels agricoles.
« Le N’gôhiman et ses enjeux en pays kôdè de 1740 à nos jours » de Laurent Kouadio AKOUMIA est une réflexion complexe sur les croyances religieuses en pays Kôdè. Cette étude spécifique au sous-groupe Baoulé-Kôdê s’appesantit sur la pérennisation et la fonction du N’gôhiman dans cette société Baoulé. La préoccupation majeure est de savoir : comment cet objet a été pérennisé et quelles fonctions il revêt dans la société Kôdè. Il s’agit pour l’auteur de montrer l’origine et les composantes du N’gôhiman en pays Kôdè, puis de démontrer la pérennisation de cet objet et enfin déterminer ses fonctions dans cette société animiste.
À travers « Le retour des ancêtres. Les traditions au rendez-vous de la modernisation des sociétés africaines », Frank Arthur NOAH MESSI argue que la marginalisation des cultures traditionnelles africaines est la conséquence des siècles de violence. Pour lui, l’une des caractéristiques de l’aliénation du sujet africain contemporain est effectivement de considérer qu’elles sont la cause fondamentale de la crise et de la confusion des sociétés africaines.
Pour terminer, la contribution « La « mise en quarantaine » dans les chefferies bamiléké de l’Ouest-Cameroun (XIXe-XXe siècle) et la promotion de la paix : un savoir endogène à préserver » de Chamberlain NENKAM tient du constat selon lequel la culture peine encore à être considérée comme un facteur nécessaire pour le développement d’une société dans les pays africains. C’est dans cette perspective qu’il se penche sur le rapport entre la culture, la paix et le développement dans les chefferies bamiléké à travers la « mise en quarantaine ».
SOMMAIRE
SECTION 1 Littératures, langues et arts
Davy MOUSSAVOU PAMBOU
Résumé : La mobilité des mythes à l’échelle des relations transnationales constitue dans bien de cas un phénomène de transfert culturel. La représentation du Robinson Crusoé de D. Defoë au XVIIIe siècle se révèle comme le mythe de la domination de l’homme par l’homme avec en toile de fond les stéréotypes racistes des explorateurs européens. La reprise de ce mythe par J-M.G. Le Clézio dans Le Chercheur d’or (1985) opère un renversement de paradigme à telle enseigne que le personnage central, Alexis, figure symbolique de la métropole, se voit envahi par l’imaginaire écologique de l’indigène Ouma. Au-delà de ce recyclage esthétique, où Alexis apparaît comme l’avatar de Robinson Crusoé, c’est indubitablement le projet colonial et ses corollaires – impérialisme et écoterrorisme – qui sont récusés tout en renouvelant la pensée postcoloniale des littératures francophones. L’enjeu de cet article est donc de pouvoir reconsidérer l’humain comme partie intégrante du non-humain par le décentrement de la pensée occidentale. C’est par l’acquisition des savoirs écologiques ancestraux que la recherche de l’or d’Alexis prend la forme de la quête du paradis perdu.
Mots-clés : transfert culturel, mythe, écologie, écocritique, savoirs ancestraux.
CULTURAL TRANSFER AND TRANSMISSION OF ECOLOGICAL KNOWLEDGE IN LE CHERCHEUR D’OR BY J-M.G. LE CLÉZIO
Abstract :The mobility of myths on the scale of transnational relations is in many cases a phenomenon of cultural transfer. D. Defoe’s depiction of Robinson Crusoe in the eighteenth century is revealed as the myth of the domination of man by man against the backdrop of the racist stereotypes of European explorers. The revival of this myth by J-M.G. Le Clézio in Le Chercheur d’or (1985) brings about a paradigm reversal to such an extent that the central character, Alexis, a symbolic figure of the metropolis, is invaded by the ecological imagination of the indigenous Ouma. Beyond this aesthetic recycling, in which Alexis appears as the avatar of Robinson Crusoe, it is undoubtedly the colonial project and its corollaries – imperialism and ecoterrorism – that are being challenged while renewing the postcolonial thinking of French-language literatures. The challenge of this article is therefore to be able to reconsider the human as an integral part of the non-human by decentring Western thought. It is through the acquisition of ancestral ecological knowledge that Alexis’ search for gold takes the form of the quest for paradise lost.
Keywords : cultural transfer, myth, ecology, ecocriticism, ancestral knowledge.
Transfert culturel et transmission des savoirs écologiques dans Le chercheur d’or de J.M.G Le Clézio
Paule Dorolle-Yélèna NTSAME
Résumé : Dans les sociétés pré-coloniales, la nature est matricée de toute existence. Dans sa complexité, chaque communauté s’identifie en elle à partir des entités totémiques représentées par chaque élément de la biodiversité. Or, le phénomène tohu-bohu construit de nouvelles sociétés fondées sur de nouveaux intérêts ; il faut transformer la nature si l’on aspire à l’idée de civilisation et renoncer à cette relation intrinsèque. De ce fait, la résurgence du débat écologique se lit dans le désir de restaurer les savoirs abandonnés et de recommunier avec la nature. C’est dans ce clivage que le sujet de cette communication se construit comme suit : Les savoirs ancestraux de la fiction africaine écologique, une ontologie de la restauration environnementale. En clair, elle s’organise autour des valeurs ancestrales afin de repenser l’équilibre entre l’homme et son environnement. Dans cette étude, l’initiation au rite chamanique du personnage de l’anthropologue d’origine congolaise dans Femme du ciel et des tempêtes opère par le thème du voyage dans l’idée de restaurer les origines ancestrales du personnage afin de mieux protéger la voix de la nature face au phénomène d’exploitation minière. De cette initiation, il devient un sujet écologique soucieux de garantir l’harmonie entre les entités invisibles et l’environnement. De ce fait, nous formulons la problématique suivante : que peut la fiction écologique africaine dans le retour à l’ordre écologique et environnemental quand les savoirs ancestraux ont cessé de résonner dans les sociétés et que le discours anthropocentrique gouverne les sociétés ? Alors, l’écocritique est de mise car c’est l’étudier des représentations de l’environnement dans la littérature, mais aussi l’étude des discours politiques opposés dans la société sur l’environnement.
Mots-clés : Personnage écologique- environnement- culture- savoirs ancestraux- littérature.
THE ANCESTRAL KNOWLEDGE OF AFRICAN ECOLOGICAL FICTIONS, AN ONTOLOGY OF ENVIRONMENTAL RESTORATION.
Abstract: In pre-colonial societies, nature is the matrix of all existence. In its complexity, each community identifies itself in it from the totemic entities represented by each element of biodiversity. However, the tohu-bohu phenomenon builds new based on new interests, it is necessary to transform nature if we aspire to the idea of civilization and renounce this intrinsic relationship.As a result, the resurgence of the ecological debate can be in the desire to restore abandoned knowledge and recommunicate with nature. It is in this divide that the subject of this communication is constructed as follows: Ancestral knowledge of ecological African fiction, an ontology between man and environment. In this study, the initiation into the shamanic rite of the character of the anthropologist of Congolese origin in woman of the Sky and operates through the theme of travel with the idea of restoring the ancestral origins of the mining. From this initiation, he becomes an ecological subject concerned with ensuning harmony between invisible entities and the environment. As a result, we formulate the following problematic: what can African ecological fiction do in the return to ecological and environmental order when ancestral knowledge has ceased to resonate in societies and anthropocentric discourse governs societies? So, ecocriticism is appropriate because it is the study of representations of the environment in literature, but also the study of opposing political discourses in society on the environment.
Keywords: Eological character – environment – culture –ancestral knowledge – literature.
Les savoirs ancestraux des fictions africaines écologiques, une ontologie de la restauration environnementale
Marina Myriam ONDO
Résumé : La culture de l’excellence et la polyvalence des compétences tend à se perdre au fil des années mais il subsiste de foyers de résistance qui ont su jusqu’à nos jours conserver, par souci de transmission, des savoirs ancestraux fruits de la dextérité, de la discipline, de l’effort, de la minutie et de la rigueur hérités des Anciens. Au quotidien, l’homme est face à des objets, qui de fait, ne sont plus mémoriels, qui ne sont plus censés traverser des siècles avec leur histoire, leur âme, leur pouvoir spirituel. Alors que les créations de chaque peuple ne devraient subsister en réalité que pour témoigner du passage et de la marque des prédécesseurs. Face à ce constat une question demeure : comment entretenir une flamme vacillante dans une société consumériste où la production doit être rapide, abondante quitte à faire l’impasse sur la qualité et la durée de vie des objets créés ? À partir de l’histoire littéraire, nous démontrons pourquoi et comment le compagnonnage en France a constitué la courroie de transmission des savoirs et savoir-faire ancestraux.
Mots-clés : compagnonnage, savoir, performance, effort, plaisir.
THE TRANSMISSION OF ANCESTRAL KNOWLEDGE FOR THE CONSTRUCTION OF THE GREAT WORK.
Abstract: The culture of excellence and the versatility of skills tend to be lost over the years, but there are still pockets of resistance which have been able to retain, for the sake of transmission, ancestral knowledge, the fruit of dexterity, discipline, effort, the meticulousness and rigor inherited from the Ancients. In everyday life, man is faced with objects that are no longer memorials, that are no longer supposed to pass through centuries with their history, their soul, their spiritual power. Whereas the creations of each people should in reality only remain to witness the passage and the mark of the predecessors. Faced with this observation, a question remains: how to maintain a flickering flame in a consumerist society where production must be fast, abundant even if it means ignoring the quality and lifespan of created objects? From the literary history, we demonstrate why and how companionship in France has constituted the transmission belt of ancestral knowledge and know-how.
Keywords: companionship, knowledge, performance, effort, pleasure.
Transmission des savoirs ancestraux pour la construction du Grand Œuvre
Judicaël GNANGUI
Résumé : Le continent Africain a affronté plusieurs difficultés dans son évolution jusqu’au point où l’on arrive à une sorte de disparition inattendue de certaines de ses cultures et traditions. Les romans tels que Le Monde s’effondre (Achebe, 1958), Maïmouna (Sadji, 1953), L’Aventure ambiguë (Kane, 1961), sont les classiques qui ont élucidé avec acuité l’influence du mode de vie étranger sur ce continent. Les répercussions ne se sont pas fait attendre : on assiste à la dépravation de mœurs de sorte que la question de la transmission et de la sauvegarde de tradition devient un sujet laborieux à traiter. Heureusement que des romans tels Allah n’est pas obligé, Tarmac des hirondelles, L’enfant aux larmes de sang, Histoire d’un enfant trouvé et Les larmes de Tsiana ont tenté de représenter des personnages riches en enseignement : les enfants, généralement les orphelins (considérés parfois comme des marginaux) sont ceux-là qui sont au centre de la sauvegarde du savoir ancestral. Cet article va montrer comment à partir des éléments anthropologiques africains, les romans participent à la présentation des faits sociétaux et la sauvegarde des us et coutumes. Car, les personnages centraux sont dotés des savoirs qu’ils voudraient que les générations futures acquièrent également.
Mots-clés : Sauvegarde, savoir, tradition, ancêtre, enfants.
CHILD, LINEAGE AND PRESERVATION OF ANCESTRAL TRADITION IN THE SUB-SAHARAN AFRICAN NOVEL
Abstract : The African continent has faced several difficulties in its evolution to the point where we arrive at a sort of unexpected disappearance of some of its cultures and traditions. Novels such as Le Monde s’effondre (Achebe, 1958), Maïmouna (Sadji, 1953), L’Aventure ambigue (Kane, 1961), are the classics which have acutely elucidated the influence of the foreign way of life on this continent. The repercussions were not long in coming : we are witnessing the depravity of morals so that the question of the transmission and preservation of tradition becomes a laborious subject to deal with. Fortunately, novels such as Allah n’est pas obligé, Tarmac des hirondelles, L’Enfant aux larmes de sang, Histoire d’un enfant trouvé and Les Larmes de Tsiana attempted to represent characters rich in teaching : children, generally orphans (considered sometimes as marginalized) are those who are at the center of the safeguarding of ancestral knowledge. This article will show how, based on African anthropological elements, novels participate in the presentation of societal facts and the preservation of habits and customs. Because the central characters are equipped with the knowledge that they would like future generations to also acquire.
Keywords: Safeguard, knowledge, tradition, ancestor, childs
Enfant, lignage et sauvegarde de la tradition ancestrale dans le roman africain subsaharien
Nesta ANGHILE MADOLA et Noël Bertrand BOUNDZANGA
Résumé : Le port du masque en Occident, est mis en exergue le plus souvent, pour une question de style, de mode. Chez les Occidentaux, le port du masque traditionnel a plus une dimension artistique, il est parfois utilisé pour servir de distraction, tandis qu’en Afrique, le port du masque traditionnel a vraiment une portée spirituelle profonde. Dans le port du masque traditionnel en Afrique se cache tout un savoir que seuls les ancêtres et les initiés connaissent ; et pour que les initiés les transmettent à leurs disciples, ils utilisent des méthodes qui dépassent l’entendement humain. Nous savons qu’aujourd’hui la tradition tend à être oubliée, au profit des savoirs occidentaux. À cet effet, le présent travail s’arme d’un intérêt socio-culturel. Il nous incombe de montrer comment par un regard, des initiés accèdent à la connaissance d’un autre monde, par l’aide des ancêtres. En effet, nous voulons démontrer qu’il est possible de porter un masque traditionnel invisible ; qui, par l’initiation, motivée par un regard nocturne, des initiés arrivent à acquérir des connaissances sur les secrets du monde des masques gabonais ; à l’instar du masque Okuyi ; et à sauvegarder ces savoirs ancestraux, par le port d’un masque invisible à l’œil nu. Rien que par le regard, en osmose avec le port d’un masque de manière physique ou spirituel, on accède à la connaissance des secrets traditionnels, et nous aimerons le démontrer. La psychanalyse sera notre grille de lecture.
Mots clés : Okuyi, regard diurne, Owondo, regard nocturne, Initiation.
THE FIGURATIVENESS OF THE OKUYI MASK IN AU BOUT DU SILENCE BY LAURENT OWONDO
Abstract : Wearing the traditional mask in the West is most often highlighted, for a question of style, fashion. Among Westerners, the wearing of the traditional mask has more an artistic dimension, it is the most used to serve as a distraction, while in Africa, the wearing of the traditional mask really has a deep spiritual scope. In the wearing of the traditional mask in Africa hides a whole knowledge that only ancestors and initiates know; And for the initiates to transmit them to their disciples, they use methods that go beyond human understanding. We know that today tradition is so forgotten, for the benefit of Western knowledge. To this end, this work is armed with a socio-cultural interest. It is the responsibility of showing how by a look, initiated laymen access the knowledge of another world, by the help of the ancestors. Indeed, we want to demonstrate that by initiation, motivated by a nocturnal look, initiated laymen manage to acquire knowledge of the secrets of the world of Gabonese masks, like the Okuyi mask; And to safeguard this ancestral knowledge. Just by the gaze, in osmosis with the wearing of a mask in a physical or spiritual way, we access the knowledge of traditional secrets, and we will like to demonstrate it. Psychoanalysis will be our reading grid.
Keywords: Okuyi, Diurnal look, Owondo, night look, initiation.
La figurativité du masque Okuyi dans Au bout du silence de Laurent Owondo
Barbara MEKUI ME ONDO et Heméry-Hervais SIMA EYI
Résumé : La littérature gabonaise, particulièrement les textes de Maurice Okoumba Nkoghe (Le pacte d’Afia), Thierry Afane-Otsaga (le choix des ancêtres), et Hasse Nziengui (Le temps des passations) grouille de devins, de guérisseurs et d’autres personnages détenteurs de pouvoirs et de savoirs endogènes. Faisant irruption dans un monde moderne régi par la logique cartésienne et la médecine moderne, la représentation par le texte semble parfois hors-temps, ou plutôt en déphasage avec les principes qui gouvernent le nouveau monde. Alors, que cache la présence massive des guérisseurs et devins dans le champ littéraire gabonais ? L’objectif de ce travail est de montrer comment les textes à l’étude, les devins, les tradi-praticiens et autres guérisseurs traditionnels en tant que personnages sont détenteurs d’un véritable savoir.
Mots clés : savoirs ancestraux, devin, littérature, sociocritique.
THE TRANSMISSION OF TRADITIONAL MEDICINAL KNOWLEDGE IN GABONESE LITERATURE
Abstract : Gabonese literature, particularly the texts of Maurice Okoumba Okoghe, (Le pacte d’Afia), Thierry Afane Otsaga (Le choix des ancêtres) and Hasse Nziengui (Le temps des passassions), teems with diviners, healers and other characters holding endogenous powers and knowledge. Bursting into a modern world governed by cartesian logic and modern medicine, textual representation sometimes seems out of time, or rather out of step with the principles that govern the new world. So what is hidden behing the massive presence of healers and diviners in the Gabonese literary field ? The aim of this work is to show how the texts under study, diviners tradi-praticians and other traditional healers as characters are holders of genuine knowledge.
Keywords : ancestral knowledge, diviner, literature, sociocriticism
La transmission des savoirs médicinaux traditionnels dans la littérature gabonaise
Victor ESSONO ELLA
Résumé : La présence de l’oralité dans la scripturalité est ici liée aux formes d’écriture qui marquent une rupture, plus ou moins brutale, avec l’état précédent des choses. Ngal considère cette « rupture » comme moteur de la création littéraire africaine. Cette idée de rupture occupe une place cruciale dans la réflexion sur les littératures francophones subsahariennes, car elle libère l’écriture de toutes les formes de contrainte ou de confinement. Tchicaya dont le nom signifie « petite feuille qui parle pour son pays » chez les Bantous, exprime ses écrits à la manière des griots africains afin de susciter des émotions, d’enseigner ou de transmettre des messages. Le dialogue entre l’écrit et l’oral se manifeste par la pratique du collage, qui consiste soit à insérer des fragments ou des formes orales telles que les proverbes, les contes, les devinettes, les chants populaires, les fables, dans le texte, soit à mettre en scène un acteur de l’oralité (un vieillard, un griot, un conteur…) chargé de restituer la parole originelle. Notre travail consiste donc à comprendre comment l’oralité peut constituer une source de renouvellement esthétique dans les récits de Tchicaya à travers l’utilisation du proverbe, de la parabole et le renouvellement des tournures linguistiques
Mots-clés : oralité, proverbe, parabole, renouvellement, esthétique
ORALITY AS A SOURCE OF AESTHETIC RENEWAL OF ANCESTRAL KNOWLEDGE IN THE MEDUSES AND PHALENES OF TCHICAYA U TAM’SI
Abstract: The presence of orality in scripturality is here linked to the forms of writing which mark a break, more or less brutal, with the previous state of things. Ngal considers this “rupture” as the driving force behind African literary creation. This idea of rupture occupies a crucial place in reflection on sub-Saharan French-speaking literature, because it frees writing from all forms of constraint or confinement. Tchicaya whose name means “little leaf that speaks for its country” among the Bantus, expresses his writings in the manner of African griots in order to arouse emotions, teach or transmit messages. The dialogue between the written and the spoken is manifested through the practice of collage, which consists either of inserting fragments or oral forms such as proverbs, tales, riddles, popular songs, fables, into the text, or to feature an oral actor (an old man, a griot, a storyteller, etc.) responsible for restoring the original words. Our work therefore consists of understanding how orality can constitute a source of aesthetic renewal in the stories of Tchicaya through the use of the proverb, the parable and the renewal of linguistic turns of phrase.
Keywords: orality, proverb, parable, renewal, aesthetic.
L’oralité comme source de renouvellement esthétique de savoirs ancestraux dans Les Méduses et Les Phalènes de Tchicaya U Tam’si
Hilaire NDZANG NYANGONE
Résumé :
Art cinématographique gabonais et préservation des savoirs endogènes : Le cas de Obali de Pierre Marie Dong
Cyriaque Simon-Pierre AKOMO-ZOGHE
Résumé : Déclamer sa généalogie c’est fixer son identité en rappelant de manière précise aux Vivants et aux Morts les différents constituants d’une famille. En effet, la généalogie ascendante agnatique c’est elle qui nous permet de nous remémorer, via la « mémoire biologique » tous nos prédécesseurs avec, en toile de fond, un souci de sauvegarde, de préservation, de diffusion et enfin de transmission de notre filiation à la postérité. Chez les Afrocolombiens, la généalogie permet de se souvenir de l’Afrique d’un point de vue toponymique et anthroponymique. Elle restitue à cette communauté la dignité et le sentiment d’appartenance à l’Afrique, nonobstant les siècles d’esclavage passés en Amérique Latine. De même, chez les Fang, la généalogie est porteuse de pouvoir aussi bien physique que spirituel. Elle unifie les familles, tisse les alliances, rassemble les Vivants et confirme que nous sommes tous les maillons d’un même chaînon. Aussi bien en Colombie qu’en Afrique Centrale, la généalogie est un marqueur d’identification communautaire, tribale ou clanique susceptible d’ancrer davantage, chaque famille, dans une même filiation. L’ancestralité comme processus de remémoration des Ancêtres ayant appartenu à l’histoire familiale, constitue, à juste titre, un puissant référent identitaire qui légitime et intègre les individus issus d’une même filiation dans une parenté encore plus large et plus directe.
Mots-clé : généalogie-ancestralité-identité-Afrocolombiens-Fang
[1] Manual Zapata Olivella
Abstract : Declaiming one’s genealogy is establishing one’s identity by precisely reminding the Living and the Dead of the different constituents of a family. Indeed, agnatic ascending genealogy is what allows us to remember, via “biological memory”, all our predecessors with, in the background, a concern for safeguarding, preserving, disseminating and finally transmitting our lineage to posterity. Among Afro-Colombians, genealogy allows us to remember Africa from a toponymic and anthroponymic point of view. It restores to this community the dignity and the feeling of belonging to Africa, notwithstanding the centuries of slavery spent in Latin America. Likewise, among the Fang, genealogy carries both physical and spiritual power. It unifies families, weaves alliances, brings together the Living and confirms that we are all links in the same chain. Both in Colombia and in Central Africa, genealogy is a marker of community, tribal or clan identification capable of further anchoring each family in the same lineage. Ancestrality as a process of remembering Ancestors who belonged to family history, rightly constitutes a powerful identity referent which legitimizes and integrates individuals from the same lineage into an even broader and more direct kinship.
Keywords: genealogy-ancestrality-identity-Afrocolumbians-Fang
La généalogie comme ancrage de l’ancestralité chez les Afrocolombiens et les Fang
Ismaël Adédiran ADJIBODOU
Résumé : La présente recherche tente d’étudier de façon systématique les médias du milieu traditionnel ɡùn (Porto-Novo, Bénin). Son objectif est de sauvegarder, à partir d’un effort de description, ces médias en voie de disparition en vue de leur transmission. L’avènement des canaux modernes de communication a rendu désuets les médias traditionnels utilisés depuis des lustres en milieu gùn. Ainsi, ces médias, espace de développement d’une communication d’inspiration culturelle très riche et très variée, sont en voie de disparition à l’ère de la modernité et de la globalisation où chaque peuple tend à se différencier, à s’identifier et à se distinguer par la spécificité de son patrimoine culturel. Il s’agira, pour les sauvegarder, en vue de les transmettre à la postérité, de décrire leur mode de fonctionnement à des fins de diffusion massive de l’information. Pour réaliser la recherche, nous avons mené une enquête par guide d’entretien auprès de 20 Gùnnù représentant l’ensemble des personnes ressources ayant effectivement une connaissance du sujet. Il en ressort la présentation de plus d’une dizaine de médias du milieu traditionnel ɡùn.
Mots clés : média, communication, traditionnel, culturel, gùn.
THE MEDIA OF THE TRADITIONAL GÙN ENVIRONNEMENT
Abstract : This research attempts to study in a systematic way the media of the traditional ɡùn environment (Porto-Novo, Benin). Its objective is to save and transmit, through an effort to describe, these disappearing media with a view to their transmission. The advent of modern communication channels has made the traditional media used for ages in the gùn environment obsolete. Thus, the media of the traditional gùn environment, a space for the development of very rich and varied culturally inspired communication, are in the process of disappearing in the era of globalisation where each people has to differentiate itself, identify itself and be distinguished by the specificity of its cultural heritage. To save them with a view to transmitting them to posterity, this will involve describing their mode of operation for the purposes of massive dissemination of information. In order to carry out the research, we conducted a survey using an interview guide with 20 Gùnnù representing all the resource persons who actually have knowledge of the subject. The result is the presentation of about a dozen media from the traditional ɡùn environment.
Keywords : media, communication, traditional, cultural, gùn.
Les médias du milieu traditionnel gùn
Résumé : La transmission et la sauvegarde des pouvoirs ancestraux sont des enjeux importants pour les peuples autochtones. En pays Akye Gnan, groupe ethnique issu du groupe Akan, la désignation du chef du village est un processus complexe qui vise à garantir la continuité des traditions et de l’autorité du chef. La désignation du chef du village est une décision collective qui implique prioritairement les membres de la génération ayant achevé leurs rites initiatiques d’une durée de quinze ans, le chef de terre, le doyen d’âge du village, les chefs des six grandes familles, le doyen d’âge de la génération concernée et les huit chefs de catégorie ou encore de classes d’âge soit un collège de quinze personnes. Le processus commence par la désignation d’un comité de sages restreint qui est chargé de sélectionner les candidats potentiels. Ainsi donc une liste de cinq proposés est soumise à l’appréciation dudit collège. Les critères de sélection sont basés sur les qualités morales et spirituelles du candidat, son attachement aux traditions et sa capacité à diriger le village. Les candidats doivent être impérativement issus d’une génération ayant accompli leurs parcours initiatiques et doivent être les premiers nés de leurs pères. En somme, à travers ce processus rigoureux et collectif, les Akye Gnan assurent la transmission des pouvoirs ancestraux de génération en génération, garantissant ainsi la pérennité de leur culture, de leurs traditions et de leur identité.
Mots-clés : Institution traditionnelle-Pouvoirs ancestraux-Transmission-Processus.
AFRICAN TRADITIONAL INSTITUTION AND PEACEFUL MANAGEMENT OF POWER IN IVORY COAST AKYE GNAN COUNTRY
Abstract: The transmission and preservation of ancestral powers are important issues for indigenous peoples. In Akye Gnan country, an ethnic group from the Akan group, the designation of the village chief is a complex process which aims to guarantee the continuity of traditions and the authority of the chief. The designation of the village chief is a collective decision which primarily involves the members of the generation having completed their initiation rites lasting fifteen years, the land chief, the oldest member of the village, the heads of the six great families, the oldest age of the generation concerned and the eight heads of categories or even age groups, i.e. a college of fifteen people. The process begins with the appointment of a select committee of elders who are responsible for selecting potential candidates. Therefore, a list of five proposed is submitted to the assessment of the said college. The selection criteria are based on the moral and spiritual qualities of the candidate, his attachment to traditions and his ability to lead the village. Candidates must come from a generation that has completed their initiatory journeys and must be the first born of their fathers. In short, through this rigorous and collective process, the Akye Gnan ensure the transmission of ancestral powers from generation to generation, thus guaranteeing the sustainability of their culture, their traditions and their identity.
Keywords : Traditional institution-Ancestral powers-Transmission-Process
Transmission et sauvegarde des pouvoirs ancestraux dans la désignation du Chef du village en pays Akyé Gnan de Côte d’Ivoire
Bassirima KONE
Résumé : Le Kafouho marque chez les Sénoufos de Côte d’Ivoire la fin de l’initiation au Poro et la sortie des Tcholobélé des bois sacrés. A cette occasion, de nombreuses activités festives sont menées dans les villages. Celles-ci se composent de chants, de danses et d’activités diverses opérées dans un décor théâtral subséquent à la formation reçue au bois sacré. Les chants exécutés par les initiés retracent les péripéties vécues durant les sept années de formation. Les thèmes abordés évoquent les souffrances endurées, les faits de vie, les joies et les peines des néophytes avec pour but ultime de célébrer la résilience et la réussite des heureux admis au Graal de la rude formation du Poro. Dans un style déclamatoire alliant l’a cappella à d’autres techniques traditionnelles du chant sénoufo, les initiés relatent les réalités du moment. Ainsi se déroulent et se perpétuent, depuis la nuit des temps, les cérémonies de Kafouho chez les Sénoufos.
Quels sont les mécaniques de transmission du savoir et du savoir-faire des chants du Kafouho chez les Sénoufos ? Quels enseignements ces cérémonies livrent-elles aux populations ? Quels liens peut-on établir entre cette cérémonie séculaire du Kafouho et la mentalité du Sénoufo moderne ? Cet article dans une démarche qualitative s’appuyant sur la méthode d’observation directe permet de comprendre un pan de la société sénoufo consacré à la transmission des chants du Kafouho de générations en générations.
Mots clés : Kafouho, Poro, initiation, chant, transmission générationnelle.
THE SONGS OF KAFOUHO BETWEEN INITIATION AND GENERATIONAL TRANSMISSION AMONG THE SENUFO OF CÔTE D’IVOIRE
Abstract: Kafouho marks the end of initiation into the Poro and the exit of the Tcholobele from the sacred woods among the Senufo of Côte d’Ivoire. On this occasion, many festive activities take place in the villages. These consist of songs, dances and various activities performed in a theatrical setting following the training received at the sacred grove. The songs performed by the initiates recount the events of the seven years of training. The themes evoke the sufferings endured, the facts of life, the joys and sorrows of the neophytes, with the ultimate aim of celebrating the resilience and success of those fortunate enough to be admitted to the Grail of the tough Poro training. In a declamatory style combining a cappella with other traditional Senufo singing techniques, the initiates recount the realities of the moment. This is how the Kafouho ceremonies of the Senufo have been performed and perpetuated since the dawn of time. How is the knowledge and know-how of the Kafouho songs transmitted among the Senufo? What lessons do these ceremonies teach the people? What links can be established between this age-old Kafouho ceremony and the mentality of the modern Senufo? This article uses a qualitative approach based on the method of direct observation to understand a part of Senufo society devoted to the transmission of Kafouho songs from generation to generation.
Key words: Kafouho, Poro, initiation, song, generational transmission.
Les chants du kafouho entre initiation et transmission générationnelle chez les Sénoufos de Côte d’Ivoire
SECTION 2 Anthropologie, histoire et archéologie
Jean-Jacques ESSOH et Mamadou YEO
Résumé : Les Abidji sont un peuple basé au nord-est d’Abidjan, l’emblématique capitale économique de la Côte d’Ivoire. Ce peuple dispose dans son patrimoine culturel de plusieurs cérémonies traditionnelles, au nombre desquelles figure le Dipri. Ce rite d’une importance capitale chez les Abidji a retenu l’attention des historiens et autres chercheurs en sciences humaines et sociales. Leurs travaux, quoi que notables, présentent le Dipri comme une fête de réjouissance et de renouveau chez les Abidji. Pourtant, au-delà de ce prisme, le Dipri est aussi une vitrine de démonstration de pouvoirs mystiques et de promotion de l’arsenal culinaire du peuple Abidji. Ce sont ses aspects culturels que cette étude se propose d’analyser. Elle s’appuie sur un éventail de sources et de publications scientifiques abordant cette question.
Mots-clés : Abidji, Dipri, Mystique, Art culinaire, Côte d’Ivoire.
THE DIPRI AMONG THE ABIDJI OF CÔTE D’IVOIRE: BETWEEN DEMONSTRATION OF MYSTICAL POWERS AND VALORIZATION OF THE CULINARY ART
Abstract: The Abidji are a people based northeast of Abidjan, the emblematic economic capital of Côte d’Ivoire. This people has several traditional ceremonies in its cultural heritage, including the Dipri. This rite, which is of paramount importance to the Abidji, has attracted the attention of historians and other researchers in the humanities and social sciences. Their works, although noteworthy, present the Dipri as a festival of rejoicing and renewal among the Abidji. Yet, beyond this prism, the Dipri is also a showcase for demonstrating mystical powers and promoting the culinary arsenal of the Abidji people. It is its cultural aspects that this study proposes to analyze. It draws on a range of scientific sources and publications addressing this issue.
Keywords : Abidji, Dipri, Mystique, Culinary art, Côte d’Ivoire.
Le dipri chez les Abidji de Côte d’Ivoire : entre démonstration de pouvoirs mystiques et valorisation de l’art culinaire
Sosthène IBOUANGA
Résumé : Avec une pluviométrique abondante et des terres arables, le Gabon dispose d’atouts naturels indéniables pour l’activité agricole. Celle-ci est destinée, principalement, à la consommation domestique. Toutefois, au-delà de cet aspect productif et utilitariste, l’agriculture demeure pour les populations locales de Douano, un media de construction, de production et de transmission des savoirs traditionnels agricoles. Ce processus intègre les mondes, matériel et immatériel, ce qui donne un sens à l’univers social et culturel des populations. Ainsi, ces savoirs permettent aux populations d’être en phase avec le monde et d’agir sur lui dans la multitude de ses dimensions. Cependant, dans quel contexte social se construisent et se transmettent les savoirs et comment sont-ils appropriés et sauvegardés par les acteurs des sociétés rurales ? Notre réflexion portera sur la pratique de l’agriculture chez les peuples Punu de Douano, village situé dans le département de la Doutsila de la province de la Nyanga au sud du Gabon. Nous nous interrogerons plus particulièrement, sur la façon dont les femmes construisent les savoirs traditionnels agricoles. Nous analyserons la façon dont ces savoirs sont transmis et sauvegardés en tenant compte des facteurs endogènes et exogènes. A travers une recherche documentaire et des enquêtes basées sur des entretiens, récits de vies et observations, nous verrons que la transmission et la sauvegarde des savoirs écologiques sont liées à la pratique agricole bien sûr mais qu’elles découlent aussi de la croyance aux entités surnaturelles. Bref, nous analyserons la dimension physique et métaphysique de la transmission des savoirs écologiques à travers l’agriculture.
Mots clés : Agriculture, pratiques agricoles, savoirs, transmission, sauvegarde
AGRICULTURE AND KNOWLEDGE PRODUCTION IN GABON: TRANSMISSION AND SAFEGUARDING
Abstract: With abundant rainfall and arable land, Gabon has undeniable natural assets for agricultural activity. This is mainly for domestic consumption. However, beyond this productive and utilitarian aspect, agriculture remains for the local populations of Douano a means of building, producing and transmitting traditional agricultural knowledge. This process integrates the worlds, material and immaterial, which gives meaning to the social and cultural universe of populations. Thus, these knowledge allow populations to be in phase with the world and act on it in the multitude of its dimensions. However, in what social context are knowledge built and transmitted and how are they appropriate and safeguarded by actors of rural societies? Our reflection will focus on the practice of agriculture among the Punu de Douano peoples, a village located in the Doutsila department of the province of Nyanga in southern Gabon. We will focus on how women build traditional agricultural knowledge. We will analyse how this knowledge is transmitted and stored, taking into account both endogenous and exogenous factors. Through documentary research and surveys based on interviews, life stories and observations, we will see that the transmission and preservation of ecological knowledge are linked to agricultural practice, but they also stem from belief in supernatural entities. In short, we will analyse the physical and metaphysical dimension of the transmission of ecological knowledge through agriculture.
Keywords: Agriculture, agricultural practices, knowledge, transmission, safeguarding
Agriculture et production des savoirs chez les Punu du Gabon : Transmission et sauvegarde
Laurent Kouadio AKOUMIA
Résumé : Le présent article met en évidence l’origine, la pérennisation et la fonction du N’gôhiman en pays Kôdè de 1740 à nos jours. Cet objet ancestral était connu pas les peuples Akan depuis le pays Ashanti. Installés au Centre de la Côte d’Ivoire, les Kôdè ont su transmettre le savoir ancestral de génération en génération. L’apprentissage émana de la volonté de l’apprenant ou du choix des esprits. Le N’gôhiman était un objet assez prisé dédié pour la quête de vérité dans la société Kôdè. De cette première fonction, il permet aussi d’effectuer le diagnostic d’un malade dans la médecine traditionnelle et de le soigner si possible. En outre, il permet de traquer les envahisseurs mystiques et les voleurs. De nos jours, cette pratique est d’actualité chez les Kôdè. Toutefois, l’emprise de cet objet se heurte aux ambitions modernistes de la nouvelle génération en pays Kôdè.
Mots-clés : Béoumi- Kôdè – N’gôhiman – Savoir ancestral – Vérité.
THE CONCEPT OF ‘’N’GÔHIMAN’’ AND ITS STAKES IN KÔDÈ’S COMMUNITIES FROM 1740 TILL NOWADAYS
Abstract: This present article highlights the origin the durability and the role of the ‘’N’gôhiman’’ in Kôdè’s community from 1740 till now. This ancestral toy was known by the ‘’Akan’’ since the period of ‘’Ashanti. Installed at the centre of Ivory Caost, Kôdè teansmit their ancestral knowledge from generation to generation. Training emanating from the will of the learner or the choice of the spirits. The ‘’N’gôhiman’’, a valuable object is dedicated to the seek of truth in Kôdè’s community. From this first function, it olso helps to diagnose a patient in traditional medecine and heal if possible. In addition, it helps to track thieves and mystical invaders. Nowadays, this practice is up to date with the Kôdè’s people. Therefore, the influence of this toy was confronted to the advocators of modernism, mainly the new generation among the Kôdè’s people.
Keywords: Béoumi – Kôdè – N’gôhiman – Ancestral Knowledge – Truth.
Le N’gôhiman et ses enjeux en pays kôdè de 1740 à nos jours
Frank Arthur NOAH MESSI
Résumé : Les traditions sont des formes de rationalités dont la pertinence et l’utilité restent à découvrir. L’enjeu dans l’Afrique noire contemporaine est de transformer et d’associer les savoirs ancestraux au projet de modernisation des Etats et des sociétés. L’Afrique doit s’ajuster non en se débarrassant de ses traditions et savoirs, mais en les transformant. Par conséquent, les traditions doivent être considérées comme des matériaux pour une pensée théorique et une application scientifique fécondes. Leur conservation et leur transmission devient un défi à relever. D’où cette question : quelle est la méthode adaptée dans le contexte actuel pour mieux les conserver et les transmettre en les ouvrant à la modernité ? Cette réflexion propose d’initier une conversation bénéfique entre le village et l’académie contemporaine.
Mots – clés : tradition, Savoirs ancestraux, rationalité, modernisation.
THE RETURNS OF THE ANCESTORS. TRADITIONS AT THE RENDEZ-VOUS OF THE MODERNIZATION OF AFRICAN SOCIETIES.
Abstract: Traditions are forms of rationalities whose relevance and utility remain to discover. The challenge in the contemporary black africa is to transform and associate ancestral knowledge with the modernization project of states and societies. Africa must adjust not by getting rid of the traditions and ancestral knowledge, but by transforming them. Therefore, traditions must be considered as materials for fruitful theoretical thinking and scientific application. Their conservation and transmission becomes challenge to take up, hence this question: what is the appropriate method in the current context to better preserve and transmit them? This study proposes to initiate a beneficial conversation between villages and the modern academy in order to connect ancestral knowledge with modernization.
Keywords : tradition, ancestral knowledge, rationality, modernization.
Le retour des ancêtres. Les traditions au rendez-vous de la modernisation des sociétés africaines
Chamberlain NENKAM
Résumé : La culture constitue un facteur nécessaire pour le développement d’une société. Cependant, si dans le cas des pays de l’Asie du Sud-Est la question a été largement abordée, ce n’est pas toujours le cas pour les pays africains. C’est dans cette perspective que cette analyse se penche sur le rapport entre la culture, la paix et le développement dans les chefferies bamiléké à travers la « mise en quarantaine ». A partir des sources orales et écrites et une approche culturo-fonctionnaliste, elle permet de constater qu’en tant que norme éthique et savoir endogène, elle a participé à la culture de la paix, indispensable au développement. Tout développement se doit donc de reposer sur des bases culturelles solides.
Mots clés : Chefferies bamiléké, « mise en quarantaine », patrimoine, mémoire, savoir endogène, développement.
THE «QUARANTINE» IN THE BAMILÉKÉ CHIEFDOMS OF WESTERN CAMEROON (19th-20th CENTURIES) AND THE PROMOTION OF PEACE: AN ENDOGENOUS KNOWLEDGE TO BE PRESERVED
Abstract: Culture is a required factor in the development of any society. Unfortunately, while in the case of Southeast Asian countries the issue has been widely addressed, this is not always the case for African countries. Therefore, this analysis deals with the relationship between culture, peace and development in Bamileke chiefdoms, through “quarantine”. Based on oral and written sources and a culturo-functionalist approach, the study shows that, as an ethical norm and endogenous knowledge, she has participated in the culture of peace, essential to development. Any development must therefore lies on a solid cultural foundation.
Key-words: Bamileke chiefdoms, quarantine, heritage, memory, endogenous knowledge, development.
La « mise en quarantaine » dans les chefferies bamiléké de l’Ouest-Cameroun (XIXe-XXe siècle) et la promotion de la paix : un savoir endogène à préserver
